ÉDITORIAL LA MAISON-Kathia Verdier à Paris : mission d’État ou promenade diplomatique ?

Publié le 31 mars 2026 à 12:42

La récente visite en France de la ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, Madame Kathia Verdier, soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Si son passage sur TV5 Monde témoigne d’une volonté de visibilité internationale, un malaise persiste quant à la manière dont cette tournée a été relayée — ou plutôt, insuffisamment relayée — auprès de la presse haïtienne, notamment celle de la diaspora.

Une interrogation centrale s’impose : la presse haïtienne était-elle réellement informée en amont de cette visite officielle ?

Car au-delà de l’exercice médiatique sur un plateau international, la véritable force d’une telle mission réside dans sa capacité à mobiliser les acteurs de terrain — journalistes, associations, plateformes citoyennes — qui structurent la voix de la diaspora.

Or, un constat s’impose : plusieurs médias engagés, dont La Maison, n’ont reçu aucune invitation, ni même d’information officielle concernant cette visite. Une absence difficile à comprendre, surtout lorsque l’on connaît le rôle croissant des médias indépendants dans la construction du débat démocratique haïtien à l’étranger.

UNE STRATÉGIE DE COMMUNICATION QUI INTERROGE

Deux hypothèses se dessinent, et aucune n’est rassurante :soit la ministre a fait le choix de ne pas accorder d’interviews à la presse haïtienne,

soit l’ambassade d’Haïti en France a failli dans sa mission de relais en omettant d’informer les médias concernés.

Dans les deux cas, une question de fond se pose.

Une ministre en charge de la diaspora, en mission officielle pour promouvoir la participation des Haïtiens de l’étranger aux prochaines échéances électorales, se devrait avant tout de rassembler la presse haïtienne locale, écrite et audiovisuelle, avant même de s’exprimer sur des plateformes internationales.

Dès lors, plusieurs interrogations légitimes émergent :

Qui la ministre cherche-t-elle réellement à convaincre ? Les Haïtiens ou les occidentaux ?

Qui écoute réellement TV5 Monde au sein de la diaspora haïtienne ?

Combien d’Haïtiens connaissent véritablement ce média ?

Est-ce un canal d’influence populaire ou institutionnel, éloigné des réalités de terrain ?

Ces questions traduisent une volonté de comprendre pourquoi des médias haïtiens implantés en France — tels que Télé Images, La Maison, et bien d’autres — n’ont pas été associés à cette séquence pourtant stratégique.

Faut-il y voir une communication sélective ?

Ou pire, une méconnaissance — voire une marginalisation — de certains acteurs clés de la diaspora ?

Dans un contexte où la participation inclusive est constamment évoquée par les autorités, il est impératif que les actes suivent les discours. L’inclusion ne saurait être un slogan. Elle doit se traduire par des invitations ouvertes, une circulation transparente de l’information et une reconnaissance équitable des médias et des associations qui font vivre le débat.

La diaspora haïtienne ne se résume pas à quelques plateaux télévisés. Elle vit dans les quartiers, s’organise dans les associations, débat dans les médias alternatifs et s’engage quotidiennement pour l’avenir du pays.

Ignorer ces relais, c’est affaiblir le message que l’on prétend porter.

La Maison pose donc publiquement la question :

Comment construire une participation inclusive si tous les acteurs ne sont pas conviés à la table?

L’heure n’est plus aux symboles, mais à la cohérence.

La crédibilité des institutions se joue aussi dans leur capacité à inclure, écouter et reconnaître.

Gédem's Francklin EDOUARD Chef de rédaction— Rédaction La Maison

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